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Canada : le début de la fin ?

Régulièrement, Vincent Gagnon, directeur scientifique de l’Association québécoise des vapoteries (AQV), rapporte l’évolution de la situation de la cigarette électronique au Canada.

Comme je le mentionnais il y a quelques mois, le 9 décembre dernier, Christian Dubé, ministre de la Santé du Québec, a exprimé son souhait de mieux encadrer les produits du vapotage. Le 1er février dernier, ça a été au tour de Santé Canada d’afficher ses couleurs en effectuant une mise à jour de son plan prospectif de réglementation 2020-2022.

Interdiction des saveurs et réduction du taux maximal de nicotine

Dans cette mise à jour, le ministère du gouvernement canadien a exprimé son souhait de restreindre les arômes et de définir une teneur maximale en nicotine dans les produits du vapotage afin d’empêcher les jeunes et les non-fumeurs de faire “l’usage du tabac”.

Au moment où j’écris ces lignes, ce projet de règlement n’est pas encore publié dans la Partie l de La Gazette du Canada mais elle devrait l’être dans le courant de l’hiver 2021. Les Canadiens auront ensuite l’occasion de formuler des commentaires sur le projet de règlement pendant la période de consultation qui doit durer 75 jours.

Alignement des gouvernements provinciaux et fédéraux

Nous y voilà. Aujourd’hui, tant au niveau fédéral que provincial, les différentes strates gouvernementales canadiennes s’alignent sur une volonté commune d’encadrer le vapotage en termes d’interdiction des arômes et de limitation de teneur maximale en nicotine. Pour les vapoteries, le plafond nicotinique fait sens, considérant que les dépanneurs sont devenus des points d’approvisionnement sans expertise où se vendent des produits avec des concentrations pouvant aller de 35 à 50 mg/ml de nicotine.

Du point de vue des tabacologues et dans une perspective d’accompagnement à la réduction des méfaits du tabac, les produits à teneur élevée en nicotine sont un outil stratégique dans l’arsenal d’intervention. En revanche, retrouver ces produits en vente libre à tous les coins de rue est une aberration devenue réalité du fait des stratégies de placement de compagnies telles que Juul, Vype et tous les autres promoteurs de systèmes de pods préremplis.

Certes, la majorité des vapoteurs peut s’accommoder d’un taux de nicotine de 20 mg/ml ou moins. Mais ceux qui ont besoin de plus de nicotine risquent d’échouer dans leur tentative de réduction du tabagisme par la vape, s’ils n’ont pas un taux adapté à leur niveau de dépendance. Néanmoins, le gouvernement espère que ce sacrifice sera compensé par la réduction du nombre de jeunes qui n’achèteront plus des produits avec des taux de nicotine trop élevés pour eux.

Il aurait aussi été possible de miser sur la vente des hautes teneurs en nicotine dans des lieux possédant une expertise reconnue en accompagnement à la réduction des méfaits tels que les boutiques spécialisées.

Cela dit, la véritable erreur est l’interdiction des saveurs. En sous-estimant le rôle clé qu’elles jouent dans l’adoption de la vapoteuse par les fumeurs adultes à la recherche d’une alternative, le gouvernement mise naïvement sur le fait que les fumeurs et vapoteurs actuels arrêteront par d’autres moyens. Or, les études longitudinales comparatives s’intéressant au vapotage versus les thérapies de remplacement de la nicotine démontrent que le vapotage est deux fois plus efficace (Hajek et al., 2019).

L’AQV entendue par la justice fin mars

Quel impact aurait alors une interdiction des arômes alors que les chiffres de vente montrent qu’actuellement plus de 85 % des e-liquides vendus dans les boutiques spécialisées le sont dans des catégories de saveurs autres que celle du tabac ? Afin de sensibiliser les différents niveaux du gouvernement face à l’hécatombe qui se prépare dans le domaine des boutiques spécialisées, l’Association québécoise des vapoteries sera entendue par la la Cour d’appel du Québec lors d’audiences qui se tiendront du 22 au 26 mars. En outre, l’association a produit un livre blanc qui fait état de la situation et des conséquences prévisibles d’une interdiction des saveurs. En espérant que ce son de cloche mettra fin à ce dialogue de sourds…

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