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Jin and Juice, le destin farceur

C’est une institution dans la vape française, et pourtant, à son arrivée, Jin and Juice a énormément bousculé les codes, et sans doute ouvert la voie à bien des vocations. Jason Voreux, son créateur, revient sur cette époque.

La vape par hasard

Jason Voreux, comme bon nombre de vapoteurs de la première génération, a rencontré la vape et son destin par hasard. L’histoire remonte à 2011. À l’époque, il travaillait à Paris comme statisticien. Rien qui ne le prédestinait donc à la suite. Un jour, un de ses collègues est venu au bureau avec une cigarette électronique. Il a trouvé ça extraordinaire.

Mais ce premier rendez-vous est une occasion manquée. Quelques jours après, il en achète une, mais n’est pas vraiment convaincu. Et pendant les deux années qui suivent, il navigue entre vape et tabac.

Jusqu’au déclic. En 2013, il entre dans un magasin qui propose plein de modèles différents. Lui qui vapote sur un système basique, découvre l’étendue des possibilités offertes par le matériel, et son évolution depuis sa découverte. Des conversations, en particulier, avec un des vendeurs changent complètement son rapport à la vape, et à partir de cette période, il arrête complètement le tabac.

Jason Voreux aurait pu rester un vapoteur comme un autre, mais encore une fois, le hasard en a décidé autrement.

Cap au Nord

Il déménage, et part vivre dans le Nord, à Valenciennes, où il habite toujours aujourd’hui. Un accident de travail le force à rester un an chez lui, à la maison. Durant cette période, il découvre le DIY, avec suffisamment de temps pour apprendre et essayer. Pour lui, c’est une révolution, il peut enfin créer les liquides dont il a envie !

Il commence à surfer sur les forums, sans spécialement faire beaucoup de posts, mais en lisant beaucoup. De la même façon, il s’inscrit à beaucoup de groupes sur les réseaux sociaux. Il découvre que la vape n’est pas seulement un petit appareil pour arrêter de fumer, mais qu’il y avait une communauté derrière tout ça.

À cette époque, le futur fondateur de Jin and Juice participe à son premier vapéro. “C’étaient les premiers vapéros, du temps où on pouvait encore en faire !, s’amuse-t-il avec un brin de regret. Celui-là était organisé par Vap’Potes, une boutique de mon secteur. C’était très sympa de pouvoir rencontrer d’autres passionnés, en vrai, de pouvoir échanger avec eux.”

Et ce soir-là, tout change, de manière presque anodine, alors qu’il discute avec un des gérants, qui s’étonne qu’il ne s’intéresse pas à ses liquides. Tous les autres participants font le tour des jus disponibles sur place et en achètent plein, pas Jason, qui dit juste au gérant qu’il a ce qu’il lui faut. La réponse pique sa curiosité, alors il lui fait goûter une de ses recettes DIY.

Le gérant goûte la préparation et sa réaction ne se fait pas attendre. Il lui propose de les commercialiser. Jason Voreux est étonné et s’empresse de… refuser. “Ça me semblait infaisable”, explique-t-il aujourd’hui.

Du DIY au pro

Malgré l’insistance de Vap’Potes, il maintient son refus pendant quatre mois, avant que finalement, la curiosité ne l’emporte. Il leur dit que c’est d’accord, mais qu’il s’occupe juste des préparations, charge à eux de faire l’embouteillage et la mise aux normes.

Et ainsi fut fait. Trois jours plus tard, le gérant le rappelle, tout est vendu.

Pour continuer la collaboration, le juice maker décide de s’organiser. II prend les choses au sérieux et apprend comment créer une société, trouver des fournisseurs, trouver un labo, etc. “J’avais tout à apprendre. Ça m’a pris six mois pour créer Jin and Juice”, confie-t-il.

Mais ça y est, la société est lancée, et c’est peu dire qu’elle va se faire remarquer dans le petit monde de la vape francophone.

La première mise en vente de Jin and Juice a lieu en 2014. La gamme est composée de trois liquides : Revelation, Tentation et Fascination. À l’époque, la série Twilight est à la mode, ce qui lui vaut pas mal de comparaisons.

Pourtant, ces noms n’ont rien à voir avec Twilight. “Revelation, par exemple, c’était un souvenir, celui de ma révélation de la vape, se souvient-il. Fascination, le liquide au café, c’est pour la fascination qu’exerce sur moi le café, autant la boisson que tout ce qu’il y a autour.” Définitivement rien à voir avec des histoires de vampires lycéens, donc.

Les gourmands à la fête

D’emblée, Jin and Juice s’impose avec une gamme de gourmands. “Au début, c’était simplement parce qu’il n’y avait pas tellement de gourmands en France. Si on voulait du choix, il fallait s’orienter vers les liquides américains”, se rappelle son fondateur. Il veut démontrer qu’on peut avoir de bons gourmands “made in France”. Et c’est devenu une sorte de signature, il n’y a que des gourmands chez Jin and Juice.

Quand on lui fait remarquer que Jin and Juice a été la première marque française à proposer une gamme complète uniquement de gourmands : “C’est possible, répond-il. Je n’en suis pas certain, mais dans ce cas, Vape Institut l’a fait juste après, si ce n’est avant.”

La première mise en vente surprend son fondateur, le succès le dépasse. Six mois après, il quitte son travail, parce qu’il lui est devenu impossible de mener les deux de front, et que Jin and Juice a besoin de tout son temps pour se développer.

Une anecdote a particulièrement marqué Jason Voreux : “Un des premiers magasins à nous vendre était situé en Martinique. C’était notre première grosse commande, très grosse, et on ne pouvait pas fournir. Pour Jin and Juice, je suis parti avec zéro. Le magasin martiniquais a été incroyablement patient, ils ont accepté de payer en avance et ont attendu ensuite que l’on produise et qu’on expédie.” Aux dernières nouvelles, ce magasin propose toujours les produits Jin and Juice.

Maousse Lab

Il faut une sacrée détermination pour se lancer presque par hasard dans la vape, quitter son travail et s’y consacrer à temps plein. “C’est une combinaison d’éléments”, explique Jason, qui voue une gratitude certaine à la vape de l’avoir extirpé du tabac, et pour qui un élément personnel a joué. En effet, son père est mort un an avant la création de la société. Cancer du poumon. Ce n’est pas l’élément déterminant, mais ça a été un coup de pouce supplémentaire pour qu’il s’investisse dans la vape.

La société poursuit son développement. Jason est toujours en solo, et malgré tout ce qui se passe autour, elle reste une petite société.

Une rencontre lui fait faire un grand bond en avant : le site Internet Vap’Potes. “Nous sommes devenus associés, et ensemble, on a créé Maousse Lab. C’était en 2017, se rappelle Jason Voreux. La banque a cru au projet et nous a suivis. Tout ce qu’il fallait savoir pour créer un labo, on l’a appris sur le tas, et on a tous bien aimé l’expérience.”

Et le labo va croître presque malgré eux. Au début, Maousse Lab ne fabrique exclusivement que les Jin and Juice. Petit à petit, ils reçoivent des commandes d’embouteillage, qui contribuent à la croissance de la société. Sans qu’ils n’aient pourtant jamais communiqué sur le labo. La promo se fait par quelques vidéos sur YouTube, qui leur amènent des contacts, mais sans qu’ils ne s’en servent pour de l’autopromotion. Le bouche-à-oreille fonctionne à plein.

Rencontre avec une licorne

Après avoir lancé le labo, une autre rencontre influe sur le destin de Jin and Juice. Celle avec Unicorn Vape, avec qui Maousse Lab crée des liens d’amitié. Ça débute par un partenariat sur un liquide : Le Gros Jus. Mais avec déjà plein d’autres projets en tête.

On trouve effectivement Jason Voreux derrière la sortie du premier e-liquide vendu au litre. “C’était un des projets assez fous sur lesquels nous étions partants. Au début, nous voulions juste faire un coup de pub, puis on a été complètement dépassés”, avoue-t-il.

Ce qui devait être un coup de buzz est devenu pérenne, Le Gros Jus ayant été suivi par toute une gamme. Les recettes sont conçues par Jason pour Unicorn, qui gère l’embouteillage. En parallèle, Maousse Lab élabore une gamme Jin and Juice dans un format exclusif pour Unicorn Vape.

Toute cette activité provoque un dommage collatéral : le site Vap’Potes, qui devient ingérable par manque de temps.

Anecdote savoureuse de cette époque : vous souvenez-vous que Jin and Juice avait été proposé en flacons nicotinés de 10 ml et avait remporté un grand succès ? “Quand la TPD2 est entrée en vigueur, raconte le Valenciennois, nous étions prêts, aux normes. En fait, la raison est simple, nous n’avions pas assez d’argent pour tout homologuer. Donc, pour étaler les frais, on s’y est pris au fur et à mesure, très en avance. Et le jour J… Nous étions tout seuls, tous les autres étaient encore en train de faire homologuer leurs liquides, et les commandes ont afflué. Bon, ça n’a pas duré très longtemps, nos confrères sont vite arrivés, et le flot des commandes s’est tari, jusqu’à ce que ça ne vaille pas la peine de conserver la gamme.”

Jason Voreux, créateur de Jin & Juice

Coup du sort

Le destin est mauvais farceur, et Jason l’apprend à ses dépens en 2019. Il a des douleurs, et pense d’abord à une hernie discale. Mais après l’opération, il ne récupère pas, et se pose beaucoup de questions. L’hôpital cherche d’où ça peut venir.

Et le verdict finit par tomber : sclérose en plaques. “Le diagnostic est compliqué, explique le boss de Jin and Juice. Il y a plusieurs types de sclérose, et j’ai a priori une forme où il y a des rémissions et où on doit attendre la prochaine crise pour pouvoir poser le bon diagnostic.” Alors il patiente, avec des conséquences importantes.

Aujourd’hui, sa mobilité est sévèrement réduite. Depuis 2019 et l’opération de la hernie, il ne travaille plus au labo. Il a fallu prendre une décision et il a quitté Maousse Lab. “C’était ce qu’il y avait de mieux à faire vis-à-vis de mes associés”, justifie-t-il.

La marque Jin and Juice reste la propriété de Jason Voreux, qui continue à travailler. Il se consacre à la formulation, pour Unicorn Vape toujours et pour de futurs Jin and Juice.

Le tout est expliqué calmement, sans pathos. Ce n’est pas le genre de l’homme. Une autre chose frappe : bien qu’il appartienne sans conteste à l’histoire de la vape française, il prend tout cela avec humilité et est toujours surpris quand on lui parle de l’importance que sa marque a eue pour beaucoup, suscitant des vocations.

Une chose est sûre : les Jin and Juice ont le goût des débuts de la vape, une époque qui était insouciante et créative. Et c’est toujours aussi bon.

La vape de Jason Voreux

Vapoteur depuis : 2013.

Setup actuel : pod Argus de Voopoo et Nautilus GT d’Aspire.

Liquide(s) préféré(s) : Biscuit de la gamme MiNiMAL de Fuu, La Petite Chose de Lips France et Menthe Glaciale de Lips France.

Taux de nicotine : 20 mg/ml (sels de nicotine).

Consommation quotidienne : 1,5 ml.

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